Au même moment, Henri découvrait l'enfer d'Ypres:

"...Le 11 [Novembre], le bombardement redouble de violence, et l'Infanterie allemande se lance de nouveau à l'assaut. Les forces ennemies sont trois ou quatre fois supérieures. Depuis 18 jours, le 90 tient les lignes; le 3ème Bataillon devant Passchendale, les 1er et 2ème Bataillons devant Zillebecke, sans relève.

Les hommes sont exténués. Les cadres n'existent plus.

Tous les jours, on a subi des attaques, et l'on a progressé. Mais les hommes sentent que, comme à La Marne, ils doivent tenir ou se faire tuer. Partout, l'assaut est brisé, et le soir-même, les Allemands, qui ont subi des pertes considérables, commencent à se retrancher.

Le 12, la Bataille de l'Yser est terminée. Les Allemands n'attaquent plus...".

[Historique du 90ème R.I.].

 

 

Le 6 Novembre, Henri, alors Adjudant-Chef, fut promu Sous-Lieutenant à titre temporaire, et prit le commandement de la 3ème Compagnie, en remplacement du Capitaine Gratteau, mort au combat, le 31 octobre.

Cité à l'ordre du régiment, il reçut la Croix de Guerre:

"Excellent Cdt de Compagnie, d'un courage et d'un sang-froid à toute épreuve. S'est particulièrement distingué du 6 au 12 Novembre dans les combats autour d'Ypres, où il a montré une ténacité remarquable, maintenant sa position sous un feu d'infanterie et d'artillerie des plus violents".

Croix_de_Guerre_avec__toile_de_bronze

 

 

Plus tard, les Britanniques le décorèrent, à ce titre, de leur Military Cross, décoration très rarement attribuée par eux, à des étrangers (selon Abbot & Taplin [British Gallantry Awards, 1981], il n'y eut pas plus de 1423 attributions de la Military Cross à des Français, au cours de la Guerre de 14-18).

Military_Cross

 

 

 

Fin Janvier 1915, Henri résumait ainsi les combats de l'Yser pour Jean-Baptiste en convalescence à Alger:

1915-01-15_Lettre01a

Croquis manuscrit de Henri BAUDIMENT: Les combats de sa compagnie (la 3ème) autour d'Ypres, début Novembre 1914.

 

 

 

En dépit de l'âpreté des combats, et des rigueurs de l'hiver belge, il parvenait également à prendre, dès ce mois de Janvier 1915, un peu de recul sur ses nouvelles responsabilités particulièrement exposées de commandant de compagnie:

"Je n'ai plus le cafard, et depuis que je suis au repos, mes idées se sont reposées, et je reprends le goût de correspondre longuement.

Les effets du tir d'artillerie influent énormément sur le système nerveux, et on arrive à être une bête humaine qui fonctionne dans un ordre d'idées tout autre que celui du vrai naturel".

 

En quelques phrases lapidaires, Henri décrivait ainsi l'inexorable destruction de la petite ville d'Ypres, et le long calvaire de ses habitants:

"...Ypres est une jolie petite ville de 18.000 habitants. Chaque fois que nous venons au repos, à Vlamerthinge, nous passons sur le côté de cette ville, et nous traversons le quartier bombardé. Comme nous passons la nuit, les incendies illuminent le ciel, et les obus éclatent souvent au-dessus de nos têtes. D'ici quelques jours, il ne restera plus rien de cette coquette petite ville. Les halles, le clocher, et de beaux monuments sont réduits en cendres. Les vandales marquent leur vengeance par le bombardement et l'incendie. Je ne puis avoir de cartes postales, mais dès que les tirages seront terminés, vous aurez quelques vues des restes de la charmante cité[...].

[...] Dans les petites communes de St Jan et Vlamerthinge, la population est revenue petit à petit[...]

[...]L'Armée Belge se réforme, elle compte 15.000 hommes, elle va opérer avec les Anglais... Albert 1er est passé à Vlamerthinge le 11. Je n'ai pu le voir, il allait visiter Ypres pour voir les dégâts[...]."

[Lettre de Janvier 1915]

 

"... Court séjour et marmitage en plein [centre] d'Ypres par les Boches. Pauvre cité, cette petite ville si jolie, monuments anciens, la voilà presque réduite en miettes[...].

[Lettre du 7 Avril 1915]